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Métabolisme hormonal : ce que votre corps fait de vos hormones est aussi important que leur production

il y a 2 heures
6 min de lecture

Quand on parle de déséquilibre hormonal, on pense spontanément à une production insuffisante ou excessive d'hormones. Pourtant, une autre dimension mérite tout autant notre attention : la façon dont notre organisme métabolise et élimine les hormones après leur utilisation. C'est particulièrement important pour les estrogènes, dont les différentes voies de transformation peuvent influencer l'exposition de nos tissus à certains métabolites hormonaux (Cavalieri & Rogan, 2010). Le foie, l'intestin, le microbiote et plusieurs nutriments participent à ce travail complexe.


Comprendre leur rôle permet d'agir concrètement sur notre terrain hormonal.


Le foie : un véritable laboratoire de transformation hormonale


Le foie participe au métabolisme de nombreuses hormones, notamment les estrogènes. Leur transformation se déroule en plusieurs étapes.


La phase I : transformation des estrogènes


Des enzymes de la famille des cytochromes P450 transforment les estrogènes en différents métabolites, notamment :

  • 2-hydroxyestrogènes : généralement moins estrogéniques que leurs hormones d'origine.

  • 4-hydroxyestrogènes : certains peuvent être oxydés en quinones réactives susceptibles d'endommager l'ADN.

  • 16α-hydroxyestrone : métabolite possédant une activité estrogénique importante.


Ces différentes voies ne sont pas équivalentes sur le plan biologique. Leur activité dépend notamment des enzymes, de la génétique, de l'environnement hormonal et de l'exposition à certains composés alimentaires (Cavalieri & Rogan, 2010).


La phase II : conjugaison et préparation à l'élimination

Le foie transforme ensuite plusieurs de ces métabolites pour faciliter leur élimination.

Différentes réactions interviennent, notamment :

  • La méthylation, impliquant l'enzyme catéchol-O-méthyltransférase (COMT).

  • La glucuronidation.

  • La sulfatation.


La méthylation des catéchol-estrogènes contribue notamment à limiter leur transformation en composés réactifs capables d'interagir avec l'ADN (Cavalieri & Rogan, 2010). Ces mécanismes nécessitent des enzymes fonctionnelles et une disponibilité adéquate en nutriments et cofacteurs.


La méthylation : un processus qui dépasse les hormones


La méthylation intervient dans de nombreux processus biologiques : métabolisme hormonal, synthèse de neurotransmetteurs, régulation de l'expression génétique et fonctionnement cellulaire. Elle dépend notamment du cycle des folates et de la méthionine, qui contribue à produire la S-adénosylméthionine (SAM), principal donneur de groupements méthyle de l'organisme (Ducker & Rabinowitz, 2017).


Dans le métabolisme des estrogènes, l'enzyme COMT utilise la SAM pour méthyler certains catéchol-estrogènes, contribuant ainsi à leur transformation en métabolites moins réactifs (Cavalieri & Rogan, 2010).


Plusieurs nutriments participent à ces réactions :

  • Folates (vitamine B9) : présents notamment dans les légumes verts et les légumineuses.

  • Vitamine B12 : présente dans les aliments d'origine animale et les aliments enrichis.

  • Vitamine B6 : impliquée dans plusieurs réactions du métabolisme des acides aminés.

  • Riboflavine (vitamine B2) : cofacteur de certaines enzymes du métabolisme des folates.

  • Choline et bétaïne : participent aux voies de reméthylation de l'homocystéine.


Ces nutriments sont au cœur du métabolisme à un carbone, un ensemble de réactions essentielles à la synthèse, à la régulation et au fonctionnement cellulaire (Ducker & Rabinowitz, 2017). Les légumes verts, les légumineuses, les œufs et d'autres aliments riches en ces nutriments contribuent à soutenir ces voies métaboliques.


Il ne s'agit pas simplement de prendre davantage de vitamines, mais de fournir à l'organisme les ressources nécessaires au bon fonctionnement de ses réactions biochimiques.


Le rôle essentiel de l'intestin et du microbiote


Une fois conjugués par le foie, plusieurs métabolites des estrogènes sont transportés vers la bile, puis l'intestin. Mais leur parcours ne s'arrête pas nécessairement là. Certaines bactéries intestinales produisent une enzyme appelée bêta-glucuronidase, capable de déconjuguer des estrogènes et de permettre leur réabsorption dans la circulation. Ce phénomène fait partie de la circulation entérohépatique.


L'ensemble des microorganismes et des gènes microbiens impliqués dans le métabolisme des estrogènes est souvent désigné sous le terme estrobolome.


En 2019, Ervin et ses collaborateurs ont étudié 35 enzymes bêta-glucuronidases provenant de bactéries intestinales humaines. Ils ont démontré que certaines pouvaient réactiver l'estrone et l'estradiol à partir de leurs formes glucuronidées, confirmant expérimentalement un mécanisme important de l'estrobolome (Ervin et al., 2019).


La composition du microbiote, le transit intestinal et l'alimentation peuvent donc contribuer à moduler l'exposition de l'organisme aux estrogènes.


Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine a comparé 10 femmes végétariennes et 10 femmes omnivores préménopausées. Les végétariennes présentaient une excrétion fécale des estrogènes plus élevée, une activité bactérienne bêta-glucuronidase plus faible et des concentrations plasmatiques d'estrogènes plus basses (Goldin et al., 1982).


Ces observations illustrent le lien entre l'alimentation, l'environnement intestinal et le métabolisme hormonal.


Un transit régulier et une alimentation riche en fibres sont donc deux éléments importants pour soutenir l'élimination intestinale des estrogènes.

Les crucifères : des alliés du métabolisme des estrogènes


Le brocoli, le chou, le chou-fleur, les choux de Bruxelles, le kale et la roquette contiennent des glucosinolates. Lorsqu'on coupe, mastique ou prépare ces légumes, certains glucosinolates peuvent être transformés en composés biologiquement actifs, notamment l'indole-3-carbinol et le sulforaphane. L'indole-3-carbinol peut notamment donner naissance au diindolylméthane (DIM), étudié pour ses effets sur les voies de métabolisation des estrogènes.


Une étude clinique particulièrement intéressante a été publiée en 1990 dans le Journal of the National Cancer Institute.


Les chercheurs ont administré 500 mg d'indole-3-carbinol par jour pendant sept jours à des volontaires humains. La proportion moyenne d'estradiol métabolisé par la voie de la 2-hydroxylation est passée de 29,3 % à 45,6 %, soit une augmentation de 16,3 points de pourcentage, statistiquement significative (p < 0,001) (Michnovicz & Bradlow, 1990).


Une autre étude menée auprès de 12 volontaires a également observé une augmentation d'environ 50 % de la 2-hydroxylation de l'estradiol après sept jours de supplémentation en indole-3-carbinol, accompagnée d'une modification du profil urinaire des métabolites estrogéniques (Michnovicz & Bradlow, 1991).


Ces travaux démontrent que certains composés présents dans les crucifères peuvent influencer directement les voies de transformation des estrogènes chez l'humain. Il faut toutefois mentionner que les doses étudiées étaient toutefois celles d'extraits concentrés et non de portions alimentaires ordinaires.


Le sulforaphane, quant à lui, a été identifié comme un puissant inducteur de certaines enzymes de protection cellulaire. Les travaux de Zhang et ses collaborateurs (1992) ont contribué à établir les fondements biochimiques de cet effet.


Intégrer une portion de crucifères chaque jour est donc une stratégie alimentaire intéressante pour soutenir les mécanismes naturels de transformation hormonale et de défense cellulaire.



Votre action du jour : soutenez votre métabolisme hormonal


Aujourd'hui, nous allons agir sur trois mécanismes complémentaires : la transformation hépatique, l'apport en nutriments et l'élimination intestinale.


Votre défi :

  1. Ajoutez au moins une portion de légumes crucifères à votre journée : brocoli, chou-fleur, roquette, kale ou chou.

  2. Consommez des aliments riches en fibres pour nourrir votre microbiote et soutenir votre transit.

  3. Intégrez une source alimentaire de nutriments impliqués dans la méthylation, comme les légumes verts, les légumineuses ou les œufs.


Ces gestes simples s'intègrent facilement à votre alimentation quotidienne et contribuent à soutenir les fonctions physiologiques qui participent au métabolisme hormonal.


Ce qu'il faut retenir


Notre équilibre hormonal ne dépend pas uniquement de la quantité d'hormones produites. Il dépend également de leur transformation, de leur activité biologique, de leur circulation et de leur élimination. Le foie et l'intestin travaillent en étroite collaboration, tandis que le microbiote, les enzymes et les nutriments influencent plusieurs étapes de ce processus.


Prendre soin de son métabolisme hormonal, c'est aussi prendre soin de son foie, de son microbiote et de son alimentation.

Chantal Ann Dumas, ND.A

Naturopathie agréée | Médecine fonctionnelle et de précision | Longévité


Références scientifiques

Cavalieri, E. L., & Rogan, E. G. (2010). Depurinating estrogen–DNA adducts in the etiology and prevention of breast and other human cancers. Future Oncology, 6(1), 75–91. https://doi.org/10.2217/fon.09.137

Ducker, G. S., & Rabinowitz, J. D. (2017). One-carbon metabolism in health and disease. Cell Metabolism, 25(1), 27–42. https://doi.org/10.1016/j.cmet.2016.08.009

Ervin, S. M., Li, H., Lim, L., Roberts, L. R., Liang, X., Mani, S., & Redinbo, M. R. (2019). Gut microbial β-glucuronidases reactivate estrogens as components of the estrobolome that reactivate estrogens. Journal of Biological Chemistry, 294(49), 18586–18599. https://doi.org/10.1074/jbc.RA119.010950

Goldin, B. R., Adlercreutz, H., Gorbach, S. L., Warram, J. H., Dwyer, J. T., Swenson, L., & Woods, M. N. (1982). Estrogen excretion patterns and plasma levels in vegetarian and omnivorous women. The New England Journal of Medicine, 307(25), 1542–1547. https://doi.org/10.1056/NEJM198212163072502

Michnovicz, J. J., & Bradlow, H. L. (1990). Induction of estradiol metabolism by dietary indole-3-carbinol in humans. Journal of the National Cancer Institute, 82(11), 947–949. https://doi.org/10.1093/jnci/82.11.947

Michnovicz, J. J., & Bradlow, H. L. (1991). Altered estrogen metabolism and excretion in humans following consumption of indole-3-carbinol. Nutrition and Cancer, 16(1), 59–66. https://doi.org/10.1080/01635589109514141

Zhang, Y., Talalay, P., Cho, C. G., & Posner, G. H. (1992). A major inducer of anticarcinogenic protective enzymes from broccoli: Isolation and elucidation of structure. Proceedings of the National Academy of Sciences, 89(6), 2399–2403. https://doi.org/10.1073/pnas.89.6.2399


 

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