top of page

Les crucifères : de puissants alliés du métabolisme des estrogènes

il y a 7 heures
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 heures

Saviez-vous que certains légumes possèdent des composés capables d'influencer les voies enzymatiques impliquées dans le métabolisme de nos hormones ?


Le brocoli, le chou-fleur, les choux de Bruxelles et plusieurs autres légumes de la famille des crucifères font depuis longtemps l'objet de recherches pour leurs propriétés biologiques particulières. Riches en vitamines, minéraux, fibres et composés phytochimiques, ces légumes présentent un intérêt tout particulier pour la santé féminine, notamment en raison de leur influence sur le métabolisme des estrogènes.


Mais quels sont exactement leurs mécanismes d'action, et comment profiter pleinement de leurs bienfaits ?


Une famille de légumes aux propriétés remarquables


Les crucifères, également appelés Brassicacées, regroupent une grande variété de légumes :

  • Le brocoli et les pousses de brocoli

  • Le chou-fleur

  • Les choux de Bruxelles

  • Le chou vert et le chou rouge

  • Le chou frisé (kale)

  • Le bok choy

  • La roquette et le cresson

  • Les radis, les navets et le rutabaga


Leur particularité réside notamment dans leur richesse en glucosinolates, des composés soufrés naturellement présents dans ces végétaux. Lorsque nous coupons, mastiquons ou hachons ces légumes, une enzyme appelée myrosinase entre en contact avec les glucosinolates et favorise leur transformation en plusieurs substances biologiquement actives.


Parmi celles-ci, deux groupes retiennent particulièrement l'attention des chercheurs : les isothiocyanates, dont le sulforaphane, et les indoles, dont l'indole-3-carbinol (I3C). Ces molécules participent à différents mécanismes de protection cellulaire et peuvent moduler l'activité de certaines enzymes responsables de la biotransformation des hormones et des substances étrangères à l'organisme. [1]


L'indole-3-carbinol et le métabolisme des estrogènes


Les estrogènes sont essentiels à de nombreuses fonctions physiologiques féminines. Ils participent notamment à la santé osseuse, cardiovasculaire, cérébrale et reproductive. Cependant, une fois leur fonction accomplie, ils doivent être métabolisés afin de permettre leur transformation et leur élimination.


Ce processus s'effectue principalement dans le foie, notamment grâce aux enzymes de la famille des cytochromes P450. L'estradiol et l'estrone peuvent emprunter plusieurs voies d'hydroxylation, conduisant notamment à la formation de métabolites 2-hydroxylés, 4-hydroxylés ou 16α-hydroxylés. Ces métabolites n'ont pas tous les mêmes propriétés biologiques. L'indole-3-carbinol, issu notamment de la dégradation de la glucobrassicine présente dans les crucifères, peut influencer certaines de ces voies.


Dans une étude clinique publiée dans le Journal of the National Cancer Institute, Michnovicz et ses collaborateurs ont observé que l'administration d'I3C modifiait significativement le profil des métabolites urinaires des estrogènes. L'étude comprenait sept hommes traités pendant une semaine et dix femmes traitées pendant deux mois. Les chercheurs ont notamment observé une augmentation de l'excrétion des métabolites 2-hydroxylés et une diminution de plusieurs autres métabolites estrogéniques. [2] Ces résultats démontrent qu'un composé naturellement associé aux crucifères peut influencer le métabolisme hormonal humain.


Toutefois, il faut distinguer la modification d'un biomarqueur hormonal d'une réduction démontrée du risque de maladie. Le rapport entre les différents métabolites des estrogènes ne constitue pas, à lui seul, une mesure validée du risque de cancer du sein.


Le DIM : un autre composé intéressant


Dans l'environnement acide de l'estomac, l'indole-3-carbinol peut se transformer en plusieurs molécules, dont le 3,3'-diindolylméthane, plus connu sous l'abréviation DIM. Ce composé fait également l'objet de recherches concernant la modulation des enzymes de biotransformation et de certaines voies de signalisation estrogénique. Des études expérimentales suggèrent que le DIM peut influencer l'expression de certaines enzymes et l'activité de récepteurs hormonaux. Cependant, ses effets varient selon les modèles biologiques étudiés, les concentrations utilisées et les tissus concernés.


Il importe également de distinguer la consommation alimentaire de crucifères de l'utilisation de suppléments concentrés en I3C ou en DIM. Les quantités et les effets biologiques ne sont pas nécessairement équivalents. [3]


Le sulforaphane : un activateur des défenses cellulaires


Le sulforaphane, particulièrement étudié dans le brocoli et ses jeunes pousses, possède un autre mécanisme d'action remarquable. Il peut activer une voie de signalisation appelée Nrf2, qui contribue à réguler l'expression de nombreux gènes impliqués dans les défenses antioxydantes et la protection cellulaire. Cette voie intervient notamment dans la production et l'activité de différentes enzymes cytoprotectrices.


Le sulforaphane fait également l'objet de recherches concernant l'inflammation, le stress oxydatif et certains mécanismes impliqués dans la cancérogenèse. Il ne s'agit toutefois pas d'un antioxydant ordinaire qui se contente de neutraliser directement les radicaux libres. Son intérêt réside notamment dans sa capacité à moduler les mécanismes endogènes de défense de nos cellules. [4]


Crucifères et santé mammaire : que disent les études ?


Les recherches suggèrent que la consommation régulière de crucifères pourrait contribuer à réduire le risque de cancer du sein. Une vaste étude publiée en 2026, portant sur 169 523 femmes, a observé une réduction de 9 % du risque de cancer du sein chez les plus grandes consommatrices de crucifères, et de 17 % pour les cancers à récepteurs estrogéniques négatifs. Les femmes consommant davantage de glucosinolates, ces précieux composés présents dans les crucifères, présentaient également une réduction du risque de 8 %.


Ces observations rejoignent celles d'une étude publiée en 2018, qui rapportait une réduction de 10 % du risque de cancer du sein chez les femmes consommant le plus de crucifères. Des résultats encourageants qui renforcent l'intérêt d'intégrer régulièrement ces légumes à notre alimentation pour soutenir la santé hormonale et mammaire ! [5]


Comment préparer les crucifères pour préserver leurs composés actifs ?


La préparation culinaire influence considérablement la formation et la disponibilité de certains composés phytochimiques. La myrosinase est sensible à la chaleur. Une cuisson prolongée, particulièrement dans l'eau bouillante, peut réduire son activité et entraîner des pertes de glucosinolates.


Voici quelques stratégies intéressantes :


  1. Hacher les légumes avant la cuisson

Couper le brocoli ou le chou-fleur permet de mettre en contact les glucosinolates et la myrosinase. Laisser reposer les légumes hachés quelque temps avant de les cuire peut favoriser la formation de certains composés actifs.


  1. Privilégier les cuissons douces

La cuisson à la vapeur, particulièrement lorsqu'elle est brève, permet généralement de mieux préserver certains glucosinolates que l'ébullition prolongée.


  1. Intégrer des crucifères crus

La roquette, le cresson, le chou rouge et les radis constituent d'excellentes options pour les salades.


  1. Varier les légumes

Chaque crucifère présente un profil particulier de glucosinolates. La diversité alimentaire permet donc d'obtenir différents composés phytochimiques.

Et bonne nouvelle : même lorsque la cuisson inactive une partie de la myrosinase végétale, certaines bactéries intestinales peuvent contribuer à transformer les glucosinolates résiduels. [1]


Votre défi du jour : inviter les crucifères à votre table !


Aujourd'hui, je vous invite à consommer au moins une portion de crucifères.


Quelques idées simples :

  • Une salade de chou rouge avec huile d'olive et citron

  • Du brocoli légèrement cuit à la vapeur

  • Du chou-fleur rôti aux épices

  • Une poignée de roquette dans votre salade

  • Des choux de Bruxelles sautés avec de l'ail

  • Un bol de soupe contenant du bok choy


L'objectif n'est pas d'adopter une alimentation restrictive ni de consommer des quantités excessives de ces légumes. Il s'agit simplement de profiter régulièrement de leur diversité nutritionnelle et de leurs composés biologiquement actifs.


L'équilibre hormonal ne dépend pas uniquement de la quantité d'hormones produites. Il dépend aussi de la façon dont notre organisme les transforme, les utilise et les élimine.


Et parfois, ce travail commence tout simplement dans notre assiette !


Chantal Ann Dumas, ND.A.

Naturopathe agréée


Références scientifiques

[1] Linus Pauling Institute. (s. d.). Cruciferous vegetables. Oregon State University. https://lpi.oregonstate.edu/mic/food-beverages/cruciferous-vegetables

[2] Michnovicz, J. J., Adlercreutz, H., & Bradlow, H. L. (1997). Changes in levels of urinary estrogen metabolites after oral indole-3-carbinol treatment in humans. Journal of the National Cancer Institute, 89(10), 718–723. https://doi.org/10.1093/jnci/89.10.718

[3] Linus Pauling Institute. (s. d.). Indole-3-carbinol. Oregon State University. https://lpi.oregonstate.edu/mic/dietary-factors/phytochemicals/indole-3-carbinol

[4] Dinkova-Kostova, A. T., & Kostov, R. V. (2012). Glucosinolates and isothiocyanates in health and disease. Trends in Molecular Medicine, 18(6), 337–347. https://doi.org/10.1016/j.molmed.2012.04.003

[5] Romanos-Nanclares, A., et al. (2026). Cruciferous vegetable intake, dietary glucosinolate and risk of breast cancer in 2 large prospective studies [Résumé de congrès]. Clinical Cancer Research, 32(4 Suppl.), RF1-07. https://doi.org/10.1158/1557-3265.SABCS25-RF1-07


 

Commentaires


bottom of page