top of page

Le mouvement : un puissant régulateur hormonal à toutes les étapes de la vie

il y a 7 heures
7 min de lecture

Et si l'un des meilleurs outils pour soutenir votre équilibre hormonal était simplement de bouger davantage? Lorsque nous pensons à l'activité physique, nous l'associons souvent à la perte de poids, à la condition cardiovasculaire ou au développement musculaire.


Pourtant, chaque contraction musculaire déclenche une cascade de réactions métaboliques et biochimiques qui influencent directement notre santé hormonale.


Nos muscles ne servent pas uniquement à nous déplacer : ils constituent de véritables organes endocriniens.


Et cette découverte a profondément transformé notre compréhension du rôle de l'activité physique dans la prévention des maladies chroniques.


1. Les muscles : de véritables organes endocriniens


Pendant longtemps, le tissu musculaire était considéré essentiellement comme un organe locomoteur. Nous savons maintenant que les muscles squelettiques produisent et libèrent des molécules de signalisation appelées myokines. Ces substances agissent localement, mais peuvent également communiquer avec d'autres organes, notamment le foie, le tissu adipeux, le cerveau et les os.


Parmi les myokines étudiées, on retrouve :

  • L'interleukine-6 (IL-6) : libérée pendant la contraction musculaire, elle participe à la mobilisation des substrats énergétiques et à certaines réponses anti-inflammatoires.

  • L'irisine : impliquée dans la communication entre le muscle et le tissu adipeux et étudiée pour son rôle dans le métabolisme énergétique.

  • La myostatine : un régulateur qui freine la croissance musculaire.

  • La myonectine : impliquée dans la régulation du métabolisme des lipides.


Les travaux de Pedersen et Febbraio (2012) ont contribué à établir le rôle du muscle squelettique comme organe sécrétoire capable d'influencer le métabolisme de l'ensemble de l'organisme. Autrement dit, bouger permet aux muscles de communiquer avec le reste du corps.


2. Mouvement et insuline : améliorer la sensibilité métabolique


L'insuline permet notamment au glucose circulant de pénétrer dans les cellules afin d'être utilisé comme source d'énergie. Lorsque les cellules deviennent moins sensibles à son action, le pancréas doit produire davantage d'insuline pour maintenir une glycémie normale. Cette résistance à l'insuline est associée à plusieurs déséquilibres métaboliques, notamment l'accumulation de graisse abdominale, le syndrome métabolique et le diabète de type 2.


Pourquoi le mouvement est-il si efficace?

Lors d'une contraction musculaire, des mécanismes cellulaires stimulent la translocation des transporteurs de glucose de type 4 (GLUT4) vers la membrane des cellules musculaires. Ce phénomène favorise l'entrée du glucose dans le muscle, même indépendamment de l'action immédiate de l'insuline.


L'entraînement régulier améliore également la sensibilité à l'insuline et la capacité des muscles à utiliser et à stocker le glucose (Richter & Hargreaves, 2013). Une simple marche après un repas peut déjà produire des effets mesurables. Dans un essai clinique, DiPietro et al. (2013) ont démontré que trois marches de 15 minutes après les repas amélioraient le contrôle glycémique sur 24 heures chez des personnes âgées, comparativement à une journée sans exercice.


Voilà pourquoi bouger après les repas représente une stratégie particulièrement intéressante pour la santé métabolique.


3. Cortisol et activité physique : trouver le bon équilibre


Le cortisol est une hormone essentielle à notre adaptation au stress. Il contribue notamment à mobiliser les réserves énergétiques, à maintenir la pression artérielle et à coordonner la réponse physiologique aux demandes de l'environnement.


L'activité physique influence directement cette réponse. Un entraînement intense peut provoquer une augmentation transitoire du cortisol. Cette réaction fait partie de l'adaptation normale de l'organisme à l'effort. À plus long terme, une activité physique régulière peut améliorer la capacité de l'organisme à répondre aux situations stressantes.


Une revue de Tsatsoulis et Fountoulakis (2006) décrit notamment les adaptations neuroendocriniennes associées à l'entraînement physique et leur influence sur la régulation métabolique.


L'intensité compte

Il existe une différence importante entre :

  • Une marche quotidienne qui favorise la récupération.

  • Un entraînement musculaire progressif qui améliore la force et la composition corporelle.

  • Des séances intenses répétées, sans récupération suffisante, qui augmentent la charge physiologique.


Le sommeil, l'alimentation, la condition physique et la récupération déterminent en grande partie la réponse individuelle à l'entraînement.


L'objectif n'est pas de pousser constamment l'organisme à ses limites, mais de stimuler sa capacité d'adaptation.


4. Le mouvement, le sommeil et les rythmes circadiens


L'activité physique représente également un outil intéressant pour soutenir la qualité du sommeil.


Elle peut contribuer à :

  • Augmenter la pression homéostatique du sommeil.

  • Favoriser une meilleure régulation de la température corporelle.

  • Influencer les rythmes circadiens.

  • Réduire les symptômes d'anxiété.

  • Améliorer la continuité et la qualité subjective du sommeil.


Une méta-analyse de Kredlow et al. (2015) portant sur les effets de l'activité physique sur le sommeil a observé des bénéfices sur plusieurs paramètres, notamment la qualité du sommeil et sa durée.


La régularité de l'activité physique semble particulièrement importante. Une marche matinale à la lumière naturelle combine d'ailleurs deux signaux physiologiques intéressants : le mouvement et l'exposition lumineuse.


5. Pourquoi la musculation devient-elle essentielle à la ménopause?


À partir de la quarantaine, la masse musculaire tend progressivement à diminuer, particulièrement lorsque l'activité physique est insuffisante. Cette diminution peut s'accélérer avec le vieillissement et les changements hormonaux associés à la ménopause.


Or, le muscle joue un rôle central dans :

  • L'utilisation du glucose.

  • La sensibilité à l'insuline.

  • Le maintien du métabolisme énergétique.

  • La stabilité articulaire.

  • La force et l'autonomie fonctionnelle.


La diminution des estrogènes influence également le remodelage osseux et contribue à l'augmentation du risque d'ostéoporose. L'entraînement en résistance devient donc particulièrement intéressant.


Une méta-analyse de Zhao et al. (2015) a montré que l'exercice physique pouvait contribuer à préserver la densité minérale osseuse chez les femmes ménopausées. La musculation stimule également les adaptations musculaires nécessaires au maintien de la force.


À la ménopause, préserver ses muscles est une stratégie métabolique autant qu'une question de condition physique.


6. Le mouvement et l'inflammation chronique


L'inflammation chronique de faible intensité est impliquée dans plusieurs troubles métaboliques. L'activité physique régulière peut contribuer à moduler cette inflammation par différents mécanismes :

  • La production de myokines.

  • L'amélioration de la sensibilité à l'insuline.

  • La réduction de la graisse viscérale.

  • La modification de certaines voies de signalisation inflammatoire.


Un phénomène particulièrement intéressant concerne l'IL-6. Bien que cette cytokine soit souvent associée à l'inflammation, l'IL-6 libérée par les muscles pendant l'exercice peut participer à une réponse anti-inflammatoire, notamment en stimulant la production de médiateurs comme l'interleukine-10 (IL-10). Cette distinction a été décrite par Pedersen et Febbraio (2012).


Le mouvement agit donc non seulement sur la dépense énergétique, mais également sur la communication immunitaire et métabolique.


7. Quel type d'activité privilégier?


Il n'existe pas une seule forme d'exercice idéale pour tout le monde. La meilleure approche combine différentes formes de mouvement.

Activité

Principaux bénéfices

Marche rapide

Sensibilité à l'insuline, santé cardiovasculaire, gestion du stress

Musculation

Masse musculaire, force, métabolisme du glucose, santé osseuse

Danse

Coordination, endurance, humeur et plaisir

Yoga

Mobilité, équilibre, détente et conscience corporelle

Natation

Endurance cardiovasculaire et travail musculaire à faible impact

Vélo

Capacité cardiovasculaire et endurance musculaire

Exercices d'équilibre

Stabilité, coordination et prévention des chutes

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS, 2020) recommande aux adultes de pratiquer entre 150 et 300 minutes d'activité physique aérobie modérée par semaine, ou l'équivalent en activité intense. Elle recommande également des exercices de renforcement musculaire sollicitant les principaux groupes musculaires au moins deux fois par semaine. Ces recommandations constituent un objectif progressif, mais les bénéfices commencent bien avant d'atteindre ce volume.


8. Et si vous passez vos journées assise?


Même chez les personnes qui s'entraînent régulièrement, de longues périodes de sédentarité peuvent influencer défavorablement la santé métabolique. Dans un essai expérimental, Dunstan et al. (2012) ont observé que l'interruption de périodes prolongées en position assise par de courtes marches réduisait les réponses glycémiques et insulinémiques après les repas.


Quelques habitudes simples peuvent donc faire une différence :

  • Se lever régulièrement pendant les périodes de travail.

  • Marcher quelques minutes après les repas.

  • Prendre les escaliers lorsque possible.

  • Danser sur une chanson préférée.

  • Alterner les périodes assises et debout.

  • Faire quelques mouvements de mobilité entre deux tâches.


Il n'est pas nécessaire de transformer chaque occasion de bouger en séance d'entraînement.


Le corps humain est conçu pour le mouvement, pas pour l'immobilité prolongée.


9. Votre défi du jour : remettre le mouvement au quotidien


Aujourd'hui, je vous invite à consacrer 20 à 30 minutes à une activité physique qui vous fait plaisir. Marche, danse, natation, vélo, yoga ou entraînement musculaire : choisissez ce qui vous convient. Vous pouvez également répartir ces minutes en plusieurs périodes dans la journée.


Pour aller plus loin :

1. Faites une marche de 10 à 15 minutes après un repas.

2. Interrompez vos longues périodes assises par quelques minutes de mouvement.

3. Réfléchissez à la manière d'intégrer deux séances de renforcement musculaire à votre semaine.


Et surtout, observez comment vous vous sentez après avoir bougé : votre énergie, votre humeur, votre concentration et votre sommeil.


Conclusion : le mouvement est une forme de communication hormonale

Chaque fois que vous bougez, vos muscles transmettent des signaux à votre cerveau, à votre foie, à votre tissu adipeux et à d'autres organes. Ces interactions contribuent à la régulation de la glycémie, du métabolisme énergétique, de l'inflammation et de plusieurs mécanismes neuroendocriniens. L'activité physique constitue ainsi l'un des outils les plus accessibles pour soutenir durablement la santé hormonale. Il ne s'agit pas simplement de brûler des calories.


Il s'agit de permettre à votre organisme de retrouver et de maintenir sa capacité naturelle d'adaptation.


Chantal Ann Dumas, ND.A.

Naturopathe agréée | Clinicienne en santé fonctionnelle et intégrative


Références scientifiques — Format APA

DiPietro, L., Gribok, A., Stevens, M. S., Hamm, L. F., & Rumpler, W. (2013). Three 15-min bouts of moderate postmeal walking significantly improves 24-h glycemic control in older people. Diabetes Care, 36(10), 3262–3268. https://doi.org/10.2337/dc13-0084

Dunstan, D. W., Kingwell, B. A., Larsen, R., Healy, G. N., Cerin, E., Hamilton, M. T., Shaw, J. E., Bertovic, D. A., Zimmet, P. Z., Salmon, J., & Owen, N. (2012). Breaking up prolonged sitting reduces postprandial glucose and insulin responses. Diabetes Care, 35(5), 976–983. https://doi.org/10.2337/dc11-1931

Kredlow, M. A., Capozzoli, M. C., Hearon, B. A., Calkins, A. W., & Otto, M. W. (2015). The effects of physical activity on sleep: A meta-analytic review. Journal of Behavioral Medicine, 38, 427–449. https://doi.org/10.1007/s10865-015-9617-6

Pedersen, B. K., & Febbraio, M. A. (2012). Muscles, exercise and obesity: Skeletal muscle as a secretory organ. Nature Reviews Endocrinology, 8, 457–465. https://doi.org/10.1038/nrendo.2012.49

Richter, E. A., & Hargreaves, M. (2013). Exercise, GLUT4, and skeletal muscle glucose uptake. Physiological Reviews, 93(3), 993–1017. https://doi.org/10.1152/physrev.00038.2012

Tsatsoulis, A., & Fountoulakis, S. (2006). The protective role of exercise on stress system dysregulation and comorbidities. Annals of the New York Academy of Sciences, 1083, 196–213. https://doi.org/10.1196/annals.1367.020

World Health Organization. (2020). WHO guidelines on physical activity and sedentary behaviour. https://www.who.int/publications/i/item/9789240015128

Zhao, R., Zhao, M., & Zhang, L. (2015). Efficiency of jumping exercise in improving bone mineral density among premenopausal women: A meta-analysis. Sports Medicine, 45, 1393–1402. https://doi.org/10.1007/s40279-015-0350-8

 

Commentaires


bottom of page