Et si c’était votre thyroïde?
- Chantal Ann Dumas N.D, A.

- 8 juil.
- 6 min de lecture
Quand la fatigue, la prise de poids et le brouillard mental cachent un déséquilibre plus profond comme celui de la glande thyroide
« Je suis épuisée, mais mes analyses sont normales. »
« Je mange bien, mais je prends du poids et je n'arrive pas à en perdre. »
« J’ai l’impression que mon corps fonctionne au ralenti. »
« Je ne me reconnais plus. »
Après plus de 28 ans en pratique clinique, j’ai entendu ces phrases des centaines de fois.
Et très souvent, une question revient : Et si c’était ma thyroïde?
Cette petite glande en forme de papillon située à la base du cou influence presque toutes les cellules du corps. Elle participe à la régulation du métabolisme, de la température corporelle, du rythme cardiaque, de la digestion, de l’humeur, des fonctions cognitives et même de la fertilité.
Lorsque la thyroïde ralentit, ce n’est donc pas seulement un chiffre de laboratoire qui change. C’est parfois toute une personne qui a l’impression de disparaître derrière la fatigue. Mais voici une question encore plus importante : Et si la thyroïde n’était pas le problème… mais le messager d’un déséquilibre plus profond?
Une TSH normale signifie-t-elle toujours une thyroïde optimale?
Le dépistage conventionnel de la fonction thyroïdienne repose principalement sur la mesure de la TSH (thyroid stimulating hormone). La TSH est une hormone produite par l’hypophyse qui envoie un signal à la thyroïde pour produire ses hormones. C’est un marqueur très utile. Mais il ne raconte pas toujours toute l’histoire. La thyroïde produit principalement de la T4, une hormone qui doit ensuite être convertie en T3, sa forme beaucoup plus active au niveau cellulaire.
Cette conversion dépend de nombreux facteurs :
disponibilité de certains nutriments;
santé du foie;
inflammation;
stress chronique;
équilibre hormonal;
état général du métabolisme.
Il est donc possible d’avoir une TSH dans les valeurs de référence et de ressentir malgré tout des symptômes compatibles avec un ralentissement du métabolisme. C’est pourquoi en santé intégrative, nous ne posons pas seulement la question : “Est-ce que la thyroïde produit des hormones?” Nous demandons aussi : “Est-ce que le corps est capable de les utiliser efficacement?”
Hashimoto : quand le système immunitaire s’en mêle
La cause la plus fréquente d’hypothyroïdie dans les pays occidentaux est la thyroïdite de Hashimoto, une maladie auto-immune où le système immunitaire produit des anticorps dirigés contre la thyroïde.
Le défi? Une personne peut développer un processus auto-immun pendant des années avant qu’une modification importante de la TSH soit détectée. C’est pourquoi l’évaluation des anticorps thyroïdiens, comme les anticorps anti-TPO et anti-thyroglobuline, peut apporter une information supplémentaire importante. Mais encore une fois, il faut poser la question suivante : Pourquoi le système immunitaire a-t-il perdu sa tolérance? C’est là que l’investigation devient intéressante.
Le stress : quand le corps appuie sur le frein
Votre corps n’a qu’un seul objectif : assurer votre survie. Lorsqu’il perçoit un stress chronique, il peut modifier ses priorités.
Après tout, du point de vue biologique, un organisme qui croit être en danger ne priorise pas nécessairement :
la reproduction;
la digestion optimale;
la croissance des cheveux;
un métabolisme élevé.
L’axe du stress (hypothalamus-hypophyse-surrénales) communique constamment avec l’axe thyroïdien.
Un stress chronique peut influencer :
la conversion de T4 en T3;
l’inflammation;
la glycémie;
le sommeil;
les hormones sexuelles.
C’est pourquoi il peut être pertinent d’évaluer le rythme du cortisol et la fonction surrénalienne avec des outils comme le Adrenal Profile.
Parfois, la question n’est pas :“Comment accélérer mon métabolisme?”
Mais plutôt :
“Pourquoi mon corps croit-il devoir économiser son énergie?”
Intestin, gluten et thyroïde : une conversation permanente
La thyroïde ne fonctionne pas isolément dans votre cou. Elle fait partie d’un réseau. Et l’intestin est un joueur majeur.
Un déséquilibre du microbiote intestinal peut influencer :
l’inflammation;
l’activation immunitaire;
l’absorption des nutriments nécessaires à la production hormonale.
Le lien entre maladie cœliaque et maladies thyroïdiennes auto-immunes est particulièrement bien documenté. Chez certaines personnes, particulièrement avec Hashimoto ou des symptômes digestifs, explorer la santé intestinale peut être une pièce importante du casse-tête. Des analyses comme le GI360 permettent d’évaluer différents aspects de l’environnement intestinal, incluant l’équilibre du microbiote et certains marqueurs digestifs.
Métaux lourds et environnement : les freins invisibles
Nous vivons dans un environnement de plus en plus complexe. Polluants, perturbateurs endocriniens, métaux lourds et composés chimiques peuvent interagir avec nos systèmes hormonaux.
Certains métaux lourds comme le mercure ou le cadmium ont été étudiés pour leurs effets potentiels sur :
le stress oxydatif;
la fonction mitochondriale;
l’équilibre des minéraux;
différents mécanismes impliqués dans la fonction endocrinienne.
L’objectif n’est pas d’avoir peur de notre environnement. L’objectif est de comprendre notre charge globale. L’analyse Hair Elements peut être utilisée pour évaluer l’exposition à certains éléments toxiques ainsi que l’équilibre de différents minéraux. Parce que parfois, il ne faut pas seulement demander : “Qu’est-ce qui manque?” Mais aussi : “Qu’est-ce qui est en excès?”
Estrogènes, ménopause et thyroïde : quand les hormones discutent entre elles
Beaucoup de femmes commencent à ressentir des symptômes autour de la quarantaine ou de la cinquantaine :
fatigue;
prise de poids abdominale;
troubles du sommeil;
irritabilité;
anxiété;
perte de cheveux;
diminution de la motivation.
La première pensée est souvent : “C’est ma thyroïde.” Parfois oui. Mais parfois, la réponse se trouve dans l’interaction entre plusieurs systèmes hormonaux. Les estrogènes influencent notamment la production de protéines de transport des hormones thyroïdiennes. La progestérone, les androgènes et le cortisol font aussi partie de cette grande conversation hormonale.
C’est pourquoi une évaluation comme le Comprehensive Hormone Profile peut permettre de mieux comprendre l’équilibre global entre :
estrogènes;
progestérone;
androgènes;
métabolisme hormonal.
Vitamine D : bien plus qu’une vitamine
La vitamine D agit comme un véritable messager hormonal. Elle joue un rôle important dans :
la régulation immunitaire;
l’inflammation;
la santé métabolique.
Plusieurs études ont observé une association entre un faible statut en vitamine D et certaines maladies auto-immunes, incluant Hashimoto. Le test Vitamin D Spot permet d’évaluer simplement le statut en vitamine D afin d’individualiser les recommandations.
Votre génétique : pourquoi le même protocole ne fonctionne pas pour tout le monde
Une des grandes leçons de la santé intégrative est simple : Nous sommes tous différents. Deux personnes peuvent manger la même chose, vivre le même stress et prendre les mêmes suppléments… avec des résultats complètement différents. Pourquoi?
Parce que notre génétique influence notre façon d’interagir avec notre environnement.
Le test LoveMyHealth permet d’explorer différentes variations génétiques (SNPs) pouvant influencer certains processus biologiques.
Par exemple :
MTHFR : méthylation et besoins nutritionnels
Certaines variations du gène MTHFR peuvent influencer le métabolisme des folates et les processus de méthylation impliqués dans plusieurs fonctions cellulaires. Ces informations peuvent aider à personnaliser certains choix nutritionnels.
COMT : stress et métabolisme hormonal
Le gène COMT participe au métabolisme des catécholamines (dopamine, adrénaline, noradrénaline) ainsi que certains métabolites des estrogènes. Certaines variations peuvent influencer la façon dont une personne répond au stress ou métabolise certaines hormones.
VDR : vitamine D et immunité
Le gène VDR code pour le récepteur de la vitamine D. Des variations de ce récepteur peuvent influencer la façon dont les signaux liés à la vitamine D sont transmis dans l’organisme. Encore une fois, la génétique n’est pas une condamnation. C’est une information supplémentaire pour mieux personnaliser l’approche.
La thyroïde : une histoire de communication
Après toutes ces années en pratique, une chose est devenue évidente : La thyroïde ne travaille jamais seule.
Elle écoute constamment les messages provenant :
du cerveau;
du système nerveux;
de l’intestin;
du système immunitaire;
des hormones;
de l’environnement.
La vraie question n’est donc pas seulement : “Est-ce que ma thyroïde fonctionne?” Mais aussi : “Dans quel environnement ma thyroïde essaie-t-elle de fonctionner?” Parce qu’en santé, comme dans la nature, tout est relié.
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Références
Biondi, B., & Cooper, D. S. (2008). The clinical significance of subclinical thyroid dysfunction. Endocrine Reviews, 29(1), 76–131.
Biondi, B. (2013). The normal TSH reference range: What has changed in the last decade? Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 98(9), 3584–3587.
Hu, X., Chen, Y., Shen, Y., Tian, R., Sheng, Y., & Que, H. (2022). Global prevalence and epidemiological trends of Hashimoto’s thyroiditis in adults: A systematic review and meta-analysis. Frontiers in Public Health, 10, 1020709.
Lee, S. Y., & Pearce, E. N. (2023). Hyperthyroidism: A review. JAMA, 330(15), 1472–1483.
Benvenga, S., & Guarneri, F. (2016). Molecular mimicry and autoimmune thyroid disease. Reviews in Endocrine and Metabolic Disorders, 17, 485–498.
Mullur, R., Liu, Y. Y., & Brent, G. A. (2014). Thyroid hormone regulation of metabolism. Physiological Reviews, 94(2), 355–382.




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